Ce sont dans les années 1990 que les réseaux sociaux voient le jour aux États-Unis, peu de temps après la propagation d’Internet. A ses débuts, les réseaux sociaux se limitaient à la création de platesformes pour réunir des communautés (AsianAvenue, BlackPlanet, MiGente).
C’est en 2004 que Marc Zuckerberg révolutionne la sphère virtuelle et médiatique en créant le premier réseau social qui séduira tout le monde : Facebook. Par la suite, la création d’Instagram en 2010 a complètement bouleversé nos sociétés.
En effet, ces applications sont conçues à la base pour secréter dans nos cerveaux la molécule responsable du plaisir, de la motivation et de l’addiction: la dopamine.
Instagram est un réseau social permettant de partager des photos et des vidéos. Afin d’approfondir l’influence de son réseau, l’application propose un grand nombre de filtre qui transforment n’importe quelle photo banale en cliché esthétique, pour que cela mette en valeur notre quotidien.
Lorsque nous voulons regarder le contenu d’un utilisateur, nous nous abonnons. Ainsi, les abonnés sont des followers qui suivent untel ou untel. L’objectif d’Instagram est que nous passions le plus de temps possible sur l’application, et que nous nous abonnions à un maximum de compte pour pouvoir par la suite récoler un maximum de données personnelles dans le but de nous proposer des publicités encore plus ciblées. En clair : ils vont tout faire pour nous rendre complètement accroc.
Tout autour de nous, il y a des milliers de choses à photographier. Ainsi, l’application provoque en fait un profond sentiment de validation sociale. Selon BJ Frogg, un neuro scientifique, un comportement est lié à trois éléments : notre motivation, notre capacité d’entreprendre cette action, et un déclencheur. Avec Instagram, le déclencheur est cet état d’anxiété imperceptible : la crainte de passer à côté de quelque chose de formidable et donc le besoin de capturer ceci en le prenant en photo.
La capacité d’entreprendre est quasiment nulle car l’application transforme tous les clichés en photos séduisantes. Et notre motivation, se traduit par le désir de nous montrer sur le réseau social pour obtenir la validation de nos followers à travers des likes. Cette validation sociale est un besoin dit fondamental car l’être humain est un animal social en constante quête d’approbation, cherchant continuellement à s’évaluer par le regard d’autrui. Ce qui nous permet de s’évaluer dans le groupe et ainsi de valider notre estime de soi.
Pour notre cerveau, Instagram est considéré comme l’outil d’approbation sociale ultime, nous permettant en quelques secondes de savoir ce que nous valons, et comblant instantanément ce besoin si profond en nous poussant à checker nos likes et nos followers considérés par notre cerveau comme des récompenses.
Sur Instagram nous pouvons dire que nous jouons deux rôles. Nous sommes actifs en postant des images pour nous rassurer, ou nous sommes passifs en suivant d’autres utilisateurs qui constituent notre groupe. Selon le psychologue A Bandura, l’être humain cherche toujours à faire partit d’un groupe. D’un côté en adoptant des comportements similaires au groupe auquel il s’identifie, et de l’autre en rejetant le comportement des groupes antagonistes. C’est la théorie de la comparaison sociale : un processus automatique que notre cerveau utilise en permanence pour atteindre plusieurs buts. Nous rassurer, gonfler notre estime, et lutter contre l’influence pour rester nous-même. Ainsi, quand nous consultons les comptes d’autres utilisateurs, nous nous retrouvons attirés par deux comportements antagonistes. D’un côté nous rejettons des comportements, et de l’autre nous les adoptons. Ce qui veut dire que non seulement nous observons, mais surtout que nous imitons inconsciemment les comportements de ces utilisateurs qui deviennent nos influenceurs. Les influenceurs sont des personnes suivies et regardés par tous. Il y a des influenceurs qui sont des stars dans la vraie vie avec des centaines de millions de followers, mais il y a aussi ce que l’on appelle les micro influenceurs (- 10 000 followers). Les influenceurs sont partout et deviennent alliés des marques pour nous envahir de publicités sans même que nous nous en rendions compte. Car pour notre cerveau il est difficile de faire la différence entre le contenu naturel de nos amis, et le contenu publicitaire des marques qui intègrent leurs produits aux photos d’influenceurs. Tout cela va créer dans notre tête le désir de posséder le produit considéré inconsciemment comme le seul moyen de faire partit de notre groupe social. Et même si nous évitons les influenceurs, on ne pourra pas échapper à la collecte de nos données qui serviront à nous placer des publicités ciblées, qui s’intégreront entre les photos de nos amis, et seront alors inconsciemment considérées par notre cerveau comme un contenu.
En clair, sur Instagram, c’est le rêve de tous les publicitaires qui se réalise : un système conçut pour brouiller la distinction entre les contenus commerciaux et les autres. Et tout cela pour vendre encore plus de produits dont nous n’avons pas réelle utilité.
Ainsi, c’est donc ce que nous sommes devenus en 2018. Des influencés.
Il suffit d’explorer la langue française pour se rendre compte du caractère souvent péjoratif du mot influence : «exercer une influence sur quelqu’un», «être de mauvaise influence», «être sous influence»,«il est facilement influençable»…
Si la notion d’influenceur n’a rien de péjoratif en soi, elle a en fait un véritable sens caché qui se découvre avec son réciproque passif d’influencé, qui nous assimile à des moutons et nous réduit à un statut inférieur.
Même si l’on ne s’en rend pas compte, à chaque fois que l’on clique sur «suivre» «s’abonner» ou «aimer la page» cela revient à cliquer sur «influence-moi».
Et à chaque fois que le mot « influenceur » est répété dans les médias, sur les réseaux, dans les forums ou même dans une conversation entre collègues à la machine à café, il diminue notre qualité humaine pour nous entasser dans un sac large, vague et dévalorisant d’influencés, de membres inférieurs de la société.
La seule façon de se rebeller, consciemment ou non, contre ce statut, c’est d’aller chercher du pouvoir, de l’influence, ailleurs. C’est pourquoi chacun, dans nos vies, nous cherchons les occasions d’asseoir notre propre influence, nous voulons prouver aux autres et à nous-mêmes que nous aussi, à notre échelle, nous avons de l’influence, de l’autorité, du pouvoir.




